20.04.2009
Urjante
« Docteur Green, on a une urgence, vous êtes dispo ? »
« ça peut pas attendre ? Je suis sur une guidonctomie. »
« Nan, on a une rupture de la jante avec hémorragie de CO2 , je lui ai appliqué la pompe à oxygène mais le test de l’O2 se révèle positif : il bulle ! »
« On est prêt pour une greffe d’urgence docteur Ross ? Vous avez prévenu la famille ? »
« Hattaway est en train de le faire. »
« Madame, l’état de votre bicyclette est grave. Si vous vous voulez la sauver, il va falloir pratiquer une greffe de jante, c’est sa seule chance. »
« Mais je ne suis pas assurée, vous pouvez pas demander à House s’il n’y a pas une autre solution ? »
« Malheureusement, il ne fait pas partie de cette série. Mais… le problème est surtout financier. On ne vous fera pas payer la prise en charge, mais l’opération est délicate, vous en aurez pour au moins 5 dollars. »
« Cinq dollars ! Mais comment je fais ! Vous avez au moins ce genre d’organe en stock ? »
« Oui, le marché central en regorge et légal au moins on est sûrs qu'ils ne sont pas prélevés sur de jeunes vélos abandonnés… »
« C’est bon Green, la famille est d’accord. »
« Ok, on prépare le bloc ! »
« Madame, l’opération s’est bien déroulée, vous pouvez lui rendre visite en chambre à air. Il lui faudra un peu de rééducation mais le plus vite il sera sur pied, le mieux il se portera. Une rustine par mois devrait suffir à calmer les douleurs, mais n’hésitez pas à nous le ramener en cas de coup de pompe. »
Spéciale dédicace à mon frérot et à la dextérité des chirurgiens de Bangkok…
16:16 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : bicyclette, docteur, greffe, opération
07.04.2009
Mes dires des rides
Des rides. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai ces petites rides autour des yeux. D’abord, elles n’apparaissaient que quand je souriais, et puis un jour, elles se sont installées vraiment. Bien sûr, elles me vieillissent un peu, comme on dit, elles marquent mon visage. Et pourtant, je les aime beaucoup. Elles sont mes larmes, mes sourires, un peu trop d’émotions, un peu trop tôt.
Quand j’ai vu Mak, j’ai immédiatement remarqué ses petites rides autour des yeux, et elles m’ont émue tout de suite, elles m’ont parlé de lui encore plus que l’interview qui a suivie. Mak Rémissa est un photographe cambodgien. Un des rares à travailler pour une agence, à être reconnu, à vivre de sa passion. A l’entendre parler, il peut faire penser à un enfant encore tout ébahi par ce qui lui arrive. On peut le penser naïf, c’est juste qu’il a dû ressentir exactement la même émotion que quand Pinocchio est devenu un vrai petit garçon grâce à une bonne fée qui l’avait carrément oublié jusque-là.
L’interview est terminée. J’appuie sur stop. On sort, il pleut à torrent. Alors on continue à parler. Il me raconte son chemin, le before photography, son père tué par les Khmers rouges, son arrivée à Phnom Penh sans rien dans les poches, ses années de galère à crever de faim, où il regardait les fils de ministre obtenir les bourses alors qu’on le méprisait. Jusqu’à ce que la roue tourne, qu’il réussisse à vendre son travail, à voyager et enfin à transmettre son savoir. Happy end. Mais quand on a ces rides-là autour des yeux, on sait aussi que le malheur peut revenir, on se sent en transit alors on en profite et on dit sa joie. Quitte à sembler parfois immodeste… Je suis très très loin de ce qu’a pu endurer Mak, mais ce soir, j’ai tout de même eu l’impression que nos sillons d’yeux se sont racontés des trucs, se sont reconnus et c’était extraordinaire. On parle de ride d’expression, oui, je crois que les rides s’expriment beaucoup, en effet…
Sur la photo : Mak Rémissa, photographe.
14:03 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cambodge, mak rémissa, rides, bonheur, khmer rouge, soir, photo, photographe
01.04.2009
Monsieur Bonhomme
Un jour, il y quelques mois, j’étais au téléphone sur les marches de l’escalier menant à mon bureau. Quand soudain, mes yeux zooment sur ce minuscule bonhomme tout rouge tout emberlificoté dans une ficelle elle-même reliée à des fils barbelés.
Je me suis rapprochée de lui, j’ai tenté d’amorcer le dialogue, mais en guise de réponse, je n’ai eu droit qu’à un petit balancement dû au vent. Alors j’ai compris. Monsieur Bonhomme est un ex-super héros. Mis au courant des horreurs qui s’y déroulaient, il a décidé, tout seul, à un moment où tous les supers héros se fichaient du petit royaume, de venir au secours du Cambodge. Seulement, il n’était pas au courant qu’à cet instant précis, les hommes en rouges n’étaient plus du tout bienvenus dans ces contrées. Il a bien essayé d’expliquer son cas, mais peu de Cambodgiens parlent le super héros. Pris pour ce qu’il n’était pas, il s’est donc retrouvé attaché à ces fils barbelés. Avec le temps et les moussons, il a fini par rétrécir (car les supers héros ne meurent pas, en revanche, ils sont sensibles à la pluie).
La vie est dure pour les supers héros. D’autant qu’aujourd’hui, beaucoup sont des usurpateurs qui mettent des collants et une cape et font croire qu’ils sauveront le pays. Mais l’habit ne fait pas le super héros, ni les grosses voitures. D’ailleurs, de nos jours, les supers héros n’en ont plus les signes extérieurs mais leurs signes intérieurs, eux, sont très très puissants.
13:42 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : cambodge, cambodgiens, super héros, barbelés, téléphone, horreurs, pays










